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quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

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21.01.2020 10:06

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

au dire d'auteurs anciens l'habitude serait une seconde nature, alors qu'en est il de ses constituants si nous voulons entre autre la distinguer de la vertu et de la coutume ?

puisqu'il il est toujours intéressant et utile de regarder notre quotidien avec un regard philosophique, ne serait-ce que pour s'éloigner de la dérive psychologique de notre époque qui fait du vécu émotionnel le seul point décisif de tout comportement !
Thème proposé par zeugma
Laine
Laine
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24.01.2020 21:38

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

définition habitude (cnrtl-1580) : « disposition acquise par la répétition »
j'aurais tendance à penser que la répétition est le constituant majeur de l'habitude. Le second constituant, à mon sens, serait la non maîtrise de cette répétition.
Je m'explique, c'est une répétition qui nous échappe à l'inverse d'une quotidienneté installée dont on a fait le choix (par exemple pour entrer en connaissance d'une discipline, d'un savoir...) ; l'habitude est subie tandis que la quotidienneté est choisie.

Modifié par Laine - 24.01.2020 21:39
zeugma
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25.01.2020 10:22

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

Laine vous dites en conclusion : "l'habitude est subie tandis que la quotidienneté est choisie." ; mais qu'elle est alors la spécificité propre de l'habitude si nous savons que la vertu est aussi une « disposition (stable pour bien agir) acquise par la répétition (d'actes vertueux) » ?
le fait que l'habitude s'impose d'elle même et que la vertu soit recherchée volontairement suffit-il à les distinguer ?
et que dire de la coutume qui est collectivement une habitude impliquant dans le meilleur des cas une notion de justice et au pire une raison de force ? je ne parle pas évidement des coutumes qui tiennent plus de l'intempérance et de l'imprudence et qui n'aboutissent qu'au partage communautaire de "valeurs" sans autres finalités que de démarquer tel groupe de tel autre...

à titre de piste de réflexion, je dirais pour ma part que le constitutif majeure de l'habitude serait la "partie minérale" de notre existence, sorte de concrétion du quotidien dans la prégnance de la matière de notre corps...
que la vertu serait notre héritage végétatif qui cherche à se stabiliser pour perdurer et la coutume ce qui marquerait notre stature humanoïde... avec comme dit précédemment du bon et du moins bon, mais cela vous l'avez déjà comprit ...

Modifié par zeugma - 25.01.2020 15:43
Laine
Laine
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25.01.2020 10:51

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

"le constitutif majeur de l'habitude serait la "partie minérale""
ce qui revient à penser que l'habitude serait ce qui nous ancre (association à la pierre) tandis que la vertu serait ce vers quoi l'on tend ; c'était surement ça l'aspect choisi et l'aspect subi ; notre part de liberté d'humanoïde. N'est-ce pas là notre différenciation dans les espèces animales ; peuvent-ils faire des choix vertueux ??
Bravo pour votre piste élevée, tant philosophiquement que littérairement....
zeugma
zeugma
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01.02.2020 10:44

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

"les animaux peuvent-ils faire des choix vertueux ??" dites vous Laine, non certes mais pas qu'ils ne le puissent pas, plutôt qu'ils n'en n'ont ni besoin, ni envie ni le désir !

et c'est même là que nous pouvons situer notre spécificité humaine car au plan biologique si les différences sont mineures, dès que nous regardons ce pourquoi notre espèce cherche et trouve de nouvelles possibilités de partages et d'échanges, alors évidement la notion de vertu devient quadratique, pour le partage nous avons besoin de la justice et de la tempérance, pour l'échange nous avons besoin de la force et de la prudence…

je ne m'étendrais pas ici sur une explicitation, mais juste dire que l'habitude, la vertu et la coutume se nourrissent les unes des autres et comme vous dites très bien, car ce que nous « subissons » , (je préfère dire ce dont nous dépendons), et ce que nous « choisissons » nous font mieux comprendre les limites entre le conditionnement et la détermination…


Bref il me semble que la conscience humaine se soit constituée par l’habitude des représentations et par la gestuel culturel (subit), et développant des habitus vertueux (choisis) passant sous forme coutumière de génération en génération, avec parfois des sauts qualitatifs qu’il nous faut connaître et comprendre…
Laine
Laine
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01.02.2020 14:24

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

"Lorsque tu comprendras une chose complètement, tu comprendras tout" Shunriu Suzuki
et le verbe comprendre là prend toute sa consistance : inclure dans sa nature propre ; en d'autres termes, assimiler...
zeugma
zeugma
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04.02.2020 10:15

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

il se fait effectivement par l'intelligence une assimilation du réel, comme le corps le fait avec les aliments, il est donc utile de connaître ce qui est assimilé du réel, et en lien avec la question initiale, quelle responsabilité l'activité l'intellectuelle a-t-elle dans la constitution de l'habitude, de la vertu et de la coutume, puisque ces trois modalités stabilisantes de notre vie opèrent de façon à ce que la personne soit entièrement intégrée dans son milieux de vie…

pour l'habitude, l'intelligence ayant jugée et validé une activité comme nécessaire ou obligatoire se trouve dispensée de la repenser, ce qui occasionne parfois aussi un blocage, puisque comme pour le corps, trop de confort assoupie…

pour la vertu, l'intelligence qui arrive à connaître que le vrai est uni au bien dans telle réalité, permet à la volonté de tendre vers ce bien par des actes concrets qui assurent là aussi une stabilité, mais le risque sera pourtant que la volonté préfère cette stabilité sécurisante et incline en retour l'intelligence à idéaliser ce bien…

pour la coutume, l'intelligence conclue une forme d'accord de contemporanéité avec les autres personnes, ce qu lui octroie en retour une reconnaissance affective, mais d'une intensité relative à la qualité relationnelle en vigueur dans le groupe qui partage cette coutume, et là aussi l'écueil sera de voir dans cette dernière une conformité totalisatrice de valeurs vraies et bonnes qui parfois ne le sont pas…

dans ces trois niveaux de stabilisation des connaissances et actes volontaires, l'habitude a comme constitutif majeur de permettre à la volonté de se parfaire par les vertus et à l'intelligence de se parfaire par les coutumes ( ici entendu comme toutes références culturelles acquises par l'éducation) , en effet, ce qui est dominant dans l'habitude c'est sa capacité à constituer une relation stable avec le réel, ce qui est indispensable à toute croissance, comme dans le mode vital du corps...

donc le constitutif majeure de l'habitude c'est d'être médiaire entre l'intelligence et la volonté dans leur stabilité respective: la coutume pour l'intelligence et la vertu pour la volonté...

ainsi de même que nous avons l'habitude de dormir, de manger/boire et de respirer pour assouvir nos fonctions vitales, l'habitude de connaître et de vouloir sont aussi vitales mais dans une autre dimension du réel que la matière, puisque le principe vitale qui nous anime constitue aussi des modalités relationnelles, comme le sentiment, l’émotion, la réflexion, la contemplation etc… faisant que ce qui n’est pas nous soit en nous, et c'est pour cela que l'assimilation nous relie au tout et nous en donne la présence...

Modifié par zeugma - 04.02.2020 10:25
Laine
Laine
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04.02.2020 13:00

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

"l'habitude a comme constitutif majeur de permettre à la volonté de se parfaire par les vertus et à l'intelligence de se parfaire par les coutumes ...

donc le constitutif majeure de l'habitude c'est d'être médiaire entre l'intelligence et la volonté dans leur stabilité respective: la coutume pour l'intelligence et la vertu pour la volonté..."

Très belle démonstration. Bravo !!
Le constitutif majeur de l'habitude serait finalement la trame d'un tissu qui permet de prendre appui pour tisser dans l'autre sens au gré de la recherche de vertu qu'est la notre, le tout sur un fondement de coutume dont on à peine à se départir.
Ce qui m'embête un peu c'est cet aspect que l'intelligence se parfait par les coutumes.. Loin de moi l'idée de vouloir jeter aux orties les us et coutumes inhérents à notre culture, mais l'intelligence n'est-elle pas justement de remettre en question les coutumes - bêtes et "primaires" - ou à tout le moins de les expérimenter - et là je suis d'accord - dans la perspective de les assimiler ou ne pas les assimiler et auquel cas, se fabriquer sa propre toile de fond...
zeugma
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12.02.2020 11:45

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

ce qui constitue la coutume, c'est-à-dire la quotidienneté culturelle que nous avons adopté, c'est la symbolisation du passage entre notre propre expérience du réel et les expériences des autres personnes, c'est pourquoi "normalement" il n'y a pas d'opposition entre nos présences dans une même société, mais uniquement des contraires qui se complètent (sauf dans le cas ou les coutumes sont iniques alors il y a opposition)...

car nos coopérations sont indissociablement formatrices de notre jugement et donc de notre recherche de bonheur, à la question puis-je être heureux si je côtoie des personnes malheureuses ? Bouddha a répondu il me semble !
zeugma
zeugma
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06.04.2020 11:11

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

l'habitude serait aussi à rechercher comme ce qui résulte de notre volonté de parfaire notre relation objective au monde, et qui marquerait donc une capacité innée de réception des points de stabilités du réel en les acceptant comme sous-bassement à notre liberté de penser et d'agir, car là aussi les habitudes ont une occurrence, celle de n'avoir pas à refaire tout le chemin intellectuel ou pratique pour arrivé à son but, dans ce cas là, l'habitude serait une prédisposition à atteindre sa fin, semblable à une vertu...

donc à suivre...
Laine
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12.04.2020 08:54

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

...et à la lumière du traité de la grâce et du libre arbitre de St Bernard :
Pouvons-nous considérer l'habitude comme étant issue de notre volonté et de notre libre arbitre, donc susceptible de "jugement" ou d'appréciation ? L'habitude est-elle le fait de notre liberté ?
zeugma
zeugma
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12.04.2020 09:20

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

cette une partie de la question très intéressante que vous posez Laine, et qui a été débattu depuis des siècles pour des dizaines de personnes, et en reposant en deux questions comme vous le faites il est plus simple d'y répondre :
1/"Pouvons-nous considérer l'habitude comme étant issue de notre volonté et de notre libre arbitre, donc susceptible de "jugement" ou d'appréciation ? "

l'habitude comme nous l'avons vu dans les interventions précédentes, nous place devant trois dimensions de notre présence au monde, premièrement elle est un conditionnement réitéré de notre faculté de réagir au réel, deuxièmement elle nous propose dans chaque expérience singulière d'impliquer plus ou moins notre jugement, donc notre conscience du contact avec telle ou telle réalité, et troisièmement elle fait que le doute sur notre capacité à agir moralement ou dans la pratique soit suspendu, car à n'en pas douter justement, l'habitude (bonne cela va de soit aussi) est une qualité acquise soit pour notre intelligence soit pour notre volonté, mais toujours par choix et par désir du vrai et du bien...

alors vous demandez ensuite si :
2/L'habitude est-elle le fait de notre liberté ?"

en effet l'habitude vertueuse qui nous prédispose au vrai et au bien est le fait de notre liberté, et même plus que cela, la nature même de notre conscience est, depuis les plus anciennes expériences évolutives de l'humain, une recherche de stabilisation face au réel, autrement dit, l'habitude vertueuse manifeste ce quelque chose de la loi éternelle de l'évolution qui, partant de la matière inanimée et passant par toutes les formes successives des corps vivants, tend vers l'acte libre le plus accompli, à savoir l'union spirituelle...

Modifié par zeugma - 12.04.2020 09:21
Laine
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12.04.2020 15:05

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

le constitutif majeur de l'habitude est donc bien l'acte délibéré et répétitif inscrit au coeur du dispositif humain, qu'il soit bon ou mauvais.
Les expériences d'union qui mènent à l'unité sont rares mais voluptueuses ; je réitère le terme de félicité que St Bernard emploie également ; expériences étourdissantes, elles s'apparentent à un acte de foi, accueilli dans la grâce divine de ce qui se advient sans avoir été cherché volontairement et pourtant dans le consentement...
zeugma
zeugma
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12.04.2020 16:41

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

Laine vous dites : "le constitutif majeur de l'habitude est donc bien l'acte délibéré et répétitif inscrit au cœur du dispositif humain, qu'il soit bon ou mauvais."

attention précisons, l'habitude vertueuse s'oppose à l'habitude vicieuse en deux points, celui de la différence de finalité et celui de la réduction des possibilités d’accoutumances, car autant le but de la vie vertueuse est le bonheur alors que l'aboutissement du vice n'est que la répétition de lui même, autant l'on ne peut pas s'accoutumer à la vertu mais qu'il faille réitérer à chaque fois son acte en le décidant volontaire en connaissance de la fin, donc pas d'accoutumance...

alors que le vice s'engendrant par lui même dans l'impossibilité de finalité (même pas dans le plaisir qui reste transitoire et répétitif) contraint la volonté et l'intelligence à rechercher sans fin de nouvelles occasions de le répéter, car le vice conduit à un état d'insatisfaction, la vertu à la satisfaction dans le repos du corps et de l'esprit...

oui pour le reste de votre post Laine, même si le mot volupté ne s'emploi généralement que dans un contentement sensible, il arrive que par antanaclase, nous puissions l'employer ici, toutefois St Bernard pose le terme "félicité" comme symbole de la coexistence de notre nature déchue et de la possible de la grâce qui la relève, ainsi l'union mystique dès lors est une réception du don plénier de Dieu qui ne dépend pas de notre désir, tout en réclamant notre assentiment, mais cette union dépend uniquement du bon vouloir de Dieu, c'est pourquoi les vertus théologales sont reçues alors que les vertus cardinales sont en partie innées et en partie acquises...

bien que le domaine de la connaissance théologique puisse aider parfois à comprendre quelque chose de notre humanité, la question initiale portait sur la recherche du constitutif majeure de l'habitude, et doit donc nous orienter vers d'autre dimensions de notre condition humaine où l'habitude à une importance décisive...
Laine
Laine
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13.04.2020 11:19

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

...oui je reconnais, du fait de cette lecture, j'ai fait entrer dans ce débat un aspect "sacerdotal" qui outrepasse le sujet.
je me permettrais d'émettre des doutes sur cette proposition : "on ne peut pas s'accoutumer à la vertu"
il est vrai que l'on ne s'accoutume pas mais l'ivresse de la vertu n'a d'égale que l'affliction de la crasse ce qui rend l'homme - bien intentionné - follement éperdu d'occasion d'exercice de celle-ci...c'est un autre sujet.

Le constitutif majeur de l'habitude me semble être la répétition jusqu'à l'appropriation physique (seconde nature) de ladite habitude, phénomène ayant pour vertu un gain considérable de temps.
zeugma
zeugma
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13.04.2020 11:48

quel est le constitutif majeur de l'habitude ?

certainement Laine vous le dites fort justement un gain de temps mais aussi une "sensation" de stabilité qu'il serait bon d'analyser au regard de ce que vous dites aussi sur les vertus qui scléroseraient les relations humaines, tant dans l’aperception de nos limites, que dans l'extraversion de nos désir...bref, quelle est la nature de la stabilité de l'habitude vertueuse ?

en deux mots, il me semble que ce soit par la double acceptation de notre liberté et de la liberté des autres que la force de stabilisation de l'habitude vertueuse est "valorisante", car se savoir libre sans vertu ne permet pas de vivre en bonne entente avec les autres, il est donc naturellement indiqué de mettre de l'eau dans son vin pour qu'à partir de l'effort vertueux, certaines bonnes habitudes nous inclinent à vivre heureux tous ensembles...
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